Avis Cairn – une ascension hors du commun
Vous saviez à quel point j’attendais ce jeu, à quel point j’avais misé de GROS espoirs sur celui-ci. J’en avais parlé dans mon article après avoir passé plus d’une dizaine d’heures sur la démo et j’avais déjà déclaré ma flamme à ce jeu. Le 29 janvier dernier j’ai enfin pu mettre la main dessus et après plus de 30 h de jeu, trois ascensions, des frissons, de la joie, des larmes et parfois de la déception : je peux enfin vous donner mon avis sur Cairn.
On ne va pas tergiverser : c’est très exactement tout ce que j’attendais, ni plus, ni moins. Le jeu a répondu à toutes les attentes que j’avais et a rempli sa promesse : me faire voyager, me faire vibrer et me faire vivre une aventure à nulle autre pareille. Pour ceux qui ont raté un bus, il s’agit d’un jeu d’escalade, ponctué de mécaniques de survie. On y incarne Aava, une alpiniste chevronnée qui se met au défi de gravir la plus haute et la plus difficile montagne du monde : Kami. Pieds nus, sac à dos et robots assureurs parés, l’aventure commence. Au programme, gestion des ressources, escalade de parois qui paraissent infranchissables, gestion du climat, anticipation et surtout découverte d’un monde absolument exceptionnel. Pour moi, Cairn est ce que Shadow of the Colossus est à sa manière de présenter son univers. Plein de mystères, de doutes. Kami n’est pas un endroit comme les autres et regorge de secrets à tout va et prend surtout la peine de vous laisser découvrir le lore, l’héritage, le passé de cet endroit à la fois atypique et familier. Bien évidemment, le tout est ponctué par la direction artistique de Mathieu Bablet (qui a d’ailleurs produit une carte pour le coffret Marvel Anthology soit dit en passant) qui via un cel-shading de toute beauté, parvient à rendre chaque lieu, chaque panorama et chaque moment unique. Du début à la fin de l’ascension, on n’a jamais l’impression de redondance, de revenir sur ses pas. Chaque obstacle franchi nous récompense d’un panorama exceptionnel ou d’une séquence merveilleuse, toujours ponctués par une bande-son au même niveau, composée notamment avec The Toxic Avenger. Cairn est un savant mélange de gestion du sound-design, d’ambiance visuelle et tous les choix artistiques (audio ou visuels) sont parfaits. C’est un sans-faute et comme je le disais, j’ai vraiment reconnu du Shadow of the Colossus dans cette mise en scène, dans cet univers et dans cette progression. Et c’est mon jeu préféré, just saying…

Côté gameplay, le jeu avait déjà bien montré ses tenants et aboutissants dans la démo. Pour rappel, le concept entier est basé sur le déplacement d’Aava, avec chaque membre indépendant à placer sur des prises, tout comme l’escalade en vrai. On sent d’ailleurs que le studio s’est entouré d’experts du milieu, que ce soit dans la gestion du placement des corniches et des points d’accroche que dans les réactions d’Aava en fonction de son équilibre. Un peu trop de poids sur une jambe ? Aava tremble. Une main qui n’a pas assez d’appui ? Aava tremble. Une position trop diagonale ? Aava tremble. Et quand Aava tremble, cela signifie qu’elle perd de l’endurance et quand elle n’a plus d’endurance : elle tombe. Comme je le disais, chaque membre est indépendant et tout le contexte va être de se placer intelligemment pour faciliter la progression et surtout la montée. Et que c’est jouissif ! On prend du plaisir à réfléchir, à regarder son environnement, à analyser les potentiels trajets. Surtout quand on sait à quel point le jeu est dense et à quel point les itinéraires sont nombreux. Même s’il s’agit (presque) toujours de monter, Kami est tout sauf un environnement linéaire. Les tracés sont définis de manière intrinsèque par difficulté et vous permettent d’enchaîner 3 à 4 runs sans jamais avoir le sentiment de refaire la même chose. Alors par contre, ce n’est pas toujours tout rose et la complexité d’un gameplay comme celui-ci engendre le plus gros défaut du jeu : les bugs. Aava est un glitch sur pattes. Entre contorsionnisme, bras qui passent à travers, chutes sans raisons, collisions illogiques et j’en passe : le jeu peut parfois s’avérer VRAIMENT pénible et surtout injustement punitif. Mourir à cause d’une erreur ou d’un calcul d’itinéraire vous arrivera souvent, et ça fait partie du jeu. Mais mourir à cause du fait qu’Aava ne se relève pas d’une corniche alors que ses deux pieds sont à plat : c’est frustrant. Et ça arrive souvent, voire BEAUCOUP trop souvent. Donc oui, tout n’est pas parfait et c’est même assez étonnant de voir que par rapport à la démo, ça n’a pas changé et c’est même parfois pire. Ça n’arrive pas non plus H24 mais c’est très certainement le plus gros défaut du titre.
La principale crainte que j’avais suite à ma preview du jeu, c’était que le jeu tombe dans le piège du « trop ». Pêche, cueillette, cuisine, documents à trouver… Tout ça me faisait peur mais au final, à la manière de tout ce qu’il entreprend, Cairn le maîtrise à la perfection. Toutes les composantes ne sont jamais de trop et le jeu ne tombe jamais dans la surenchère d’activités ou de contenus qui ne servent à rien. Aava doit se nourrir : c’est tout. Alors oui, vous trouverez bien des pseudos objectifs secondaires avec des récompenses qui vous aideront dans votre ascension mais la majorité de ces petits « à-côté » se font via l’exploration, récompensent votre curiosité et ne deviennent jamais un fardeau que l’on s’impose. L’essentiel, c’est la montagne.
Le jeu se permet même d’avoir une petite histoire avec d’ailleurs deux fins différentes en fonction de vos choix et de votre personnalité. Mais soyons honnêtes, j’ai trouvé l’histoire assez décevante de mon côté et celle-ci ne m’a pas vraiment émerveillé. J’ai pleuré devant les panoramas, devant des chutes, devant des situations mais globalement, Aava n’est pas un personnage qui m’a vraiment touché, idem des quelques rencontres qui auront lieu durant l’aventure et au final, j’ai comme le sentiment que ce pan narratif a été ajouté pour dynamiser un peu la progression et rendre Aava un peu plus humaine. Mention spéciale pour l’une des deux fins que j’ai trouvée particulièrement ratée, mais je n’en dirai pas plus.

Il est temps pour moi de conclure cet avis sur Cairn en vous disant qu’il n’y a rien de plus satisfaisant que de voir un « rêve se réaliser ». J’attendais de Cairn un jeu d’exploration novateur à la direction artistique époustouflante, un jeu qui me ferait frissonner, trembler, stresser et oui, c’est le cas. Quelques défauts l’empêchent d’être parfait comme les trop nombreux bugs ou l’histoire anecdotique mais dans l’ensemble, Cairn est le chef-d’œuvre que j’attendais et c’est le genre de jeu qui conforte ma passion du gaming.
Merci The Game Bakers, merci pour cette attente, pour l’espoir que vous m’avez donné sur votre titre et merci d’avoir respecté votre promesse.


