Avis Jumpers (Pixar) – Mignon, attachant et touchant !
On est rarement déçu par un Pixar, c’est ce que je me répète à chaque fois que je vais voir une nouvelle production du studio. Cependant, il faut bien commencer quelque part et… ça ne sera pas aujourd’hui ! Oui, disons-le clairement, Jumper est une vraie réussite, une bouffée d’air frais et une fois de plus, une preuve de toute la créativité du studio à l’origine de Toy Story (entre autres). J’ai eu l’occasion de voir le film en avant-première et autant le dire : je n’ai pas été déçu ! À l’époque de son annonce, à la découverte des premiers trailers, je n’ai pas forcément été séduit par la promesse. J’avais des craintes d’un énième film mettant en scène les animaux avec des gimmicks déjà vus des centaines de fois et des blagues qui se répètent, surtout quelques mois après la sortie du fabuleux Zootopie, mais il n’en est rien. J’ai accepté d’y aller innocemment, tel un enfant allant découvrir le nouveau produit tendance et autant vous dire que j’en suis ressorti avec un énorme sourire aux lèvres.

L’histoire de Jumpers tourne autour de Mabel, jeune étudiante engagée pour la protection des animaux et la préservation de la nature, qui se bat pour sauver la clairière de sa grand-mère. Tout bascule au moment où elle découvre l’existence d’un projet (du nom de Jumper) lui permettant de s’immiscer dans le monde animal et de communiquer avec lui à travers le prisme d’un robot. Un peu comme dans Avatar (et ce n’est pas moi qui le dis) ! Dans l’ensemble, tout est assez générique. Une cause, un personnage, un combat, des amis et tutti quanti. Néanmoins, à défaut d’être vraiment novateur, Jumper fait très bien ce qu’il est supposé faire et aborde l’ensemble de ses thèmes avec subtilité et humour. J’ai beaucoup apprécié le fait que le film ne tombe pas dans le cliché absolu du film sur les animaux avec l’habituel allié un peu bête, l’animal running gag et j’en passe. Ici, les animaux sont respectés pour ce qu’ils sont et, contrairement à Zootopie, n’ont pas vocation à être humanisés, bien loin de là. Ce qui les rend par ailleurs terriblement attachants. Mention spéciale aux séquences « vues par les humains » dans lesquelles les animaux se voient dénués d’expressions humaines pour retrouver leurs bouilles d’animaux insouciantes et adorables. C’est vraiment le point fort du film : c’est mignon. Serpent, oiseau, castor, ours, chaque animal a une présence, une histoire, une animation à la hauteur du studio et on s’y attache. J’ai parfois eu des flashbacks de 1001 Pattes dans la manière de gérer les comportements, les codes et les habitudes de nos amis les bêtes.
Le film ne perd pas non plus de temps dans sa structure et va droit au but dans sa mise en scène et dans l’avancée de son scénario global. Ici, pas de scène à rallonge où Mabel devrait convaincre untel ou se comporter comme untel, pas du tout. Tout va vite mais dans le bon sens et les enjeux sont rapidement posés pour une narration fluide, efficace et cohérente. Le film raconte ce qu’il doit raconter en prenant le temps quand nécessaire mais dans l’ensemble, n’essaie pas de remplir quoi que ce soit et se contente de nous faire suivre les péripéties des habitants d’une ville pleine de couleurs et d’une clairière surprenante.
Bien évidemment, le film a une morale écologique. On parle avant tout de la protection de l’habitat animal dans son ensemble mais pourtant, il ne tombe jamais dans le piège de la culpabilisation, voire de la victimisation. Le combat de Mabel a du sens mais a aussi ses limites et ses choix sont confrontés à des remises en question et des conséquences. Et ça, j’ai trouvé que c’était vraiment l’un des points forts du film. Il n’est pas question de gentil ou de méchant, il est question de compromis, d’entente, de compréhension, d’écoute et d’adaptation. Mabel est un personnage fort de caractère, campé sur ses positions mais qui va, dans l’ensemble du récit, progresser dans sa façon d’être et surtout dans sa compréhension d’un monde qu’elle pense connaître. Idem pour des personnages plus « sombres » comme le maire Jerry ou certains animaux qui, en fin de compte, ont tous une bonne raison d’agir comme ils le font (bon, sauf un en particulier mais c’est une autre histoire) !
Côté réalisation, c’est du Pixar donc évidemment : c’est beau. Mais là où le film ne révolutionne pas forcément l’industrie d’un point de vue technique (à l’exception de quelques détails comme les brins d’herbe ou les poils), il trouve sa force dans sa direction artistique globale et dans son « chara-design » ou « animal design ». Les animaux sont des animaux mais ont également une véritable humanisation dans leurs réactions et ça marche. Pas question d’anthropomorphisme ici mais bien des boules de poils qui prennent vie via des mimiques faciales, sans jamais perdre leur côté animal. Et ça, c’est pour moi la plus grande réussite, au même titre que Le Monde de Nemo à son époque ou encore une fois 1001 Pattes. Avec ça, le reste du film est très coloré, très chaud, très lumineux et on a envie d’y être. La ville est superbe, la clairière magnifique, l’eau est vivante et l’ensemble fait partie d’un tout.
Je ne vais pas tergiverser plus longtemps : Jumper, c’est cool ! Ce n’est peut-être pas le film qui changera l’industrie, qui réinventera Pixar ou qui remettra en cause votre vision de l’animation mais dans tout ce qu’il fait : il le fait bien. C’est beau, c’est coloré, c’est nuancé, c’est mignon et c’est attachant. En couple ou en famille, voire même solo, vous ne serez pas déçus par un film qui parle, qui raconte quelque chose et qui permet, l’espace d’un instant, de s’évader complètement et de prendre du plaisir. Un bon Pixar à l’ancienne !


